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lundi 20 janvier 2014

Semaine parisienne



Dans le train qui me ramène vers Toulouse je repasse en mémoire ma semaine parisienne…
Encore une fois je reviens avec un certain sentiment de bousculade, d’incomplétude. J’ai été très envahi, trop, par mes activités pour l’APA. C’est la contrepartie de mon départ en province, quand je viens à Paris on groupe de multiples activités ou rendez-vous qui occupent mon temps et du coup me frustrent un peu côté sorties ou flâneries.
On a arrêté en comité de rédaction le contenu du prochain numéro de La Faute à Rousseau, ne reste plus maintenant qu’à faire le montage ; on a tenu plusieurs réunions pour organiser divers événements, comme la Table-ronde que nous consacrerons à Ego numericus au mois de mars ; j’ai rencontré une réalisatrice qui prépare un documentaire sur le journal en ligne ; etc…

Plusieurs moments famille aussi avec mes fils, avec mon père. Je sens qu’il vieillit ces temps-ci, je le trouve plus lent en tout, moins optimiste, laissant percer ses anxiétés, souvent sur de toutes petites choses. Cela dit, il est tout de même en très bonne forme, sa conversation reste vive, il entretient sa forme physique, ainsi nous sommes allés nager dans la piscine sur le toit de son immeuble, il tient toujours à monter et descendre à pied les sept étages qui séparent son appartement de la piscine. Mais il ne rajeunira pas et donc je me dis qu’il faut profiter de lui, de sa présence, et lui offrir la mienne, autant que je peux.
J’ai eu le plaisir aussi de dîner avec une amie du web d’autrefois. J’étais content de revoir « chère brune », gaie, très en forme, bien plus qu’en d’autres occasions. Mais là aussi le temps est passé et ce n’est plus pareil, il n’y a plus en moi ce frémissement, ce battement de cœur, cette espérance d’autre chose qui, un temps, ont électrisé mes rencontres avec elle.

Plus beaucoup de temps alors pour le reste. Deux expositions qui ne m’ont qu’à moitié accrochées. Astérix, à la BnF, j’ai regardé ça un peu de loin, me promener entre les planches originales des albums n’a pas ravivé en moi de multiples madeleines, comme l’aurait fait Tintin ou Mortimer. Les Kanak, quai Branly, là aussi je suis resté assez extérieur, me regardant regarder. C’est assez fréquent ça avec moi, pour les expos ethnologiques ou d’art premiers. Soit j’entre en réelle communication avec les œuvres et alors je peux me sentir ravi au sens propre, embarqué, soit je n’y entre pas. Ça n’a pas forcément à voir avec la qualité intrinsèque de l’exposition, ça tient plutôt à ma propre disposition d’esprit du moment sans que je sache trop ce qui l’explique.
Côté cinéma trois films. Suzanne qui m’a beaucoup plu. Un film sombre mais plein d’amour et qui du coup rend heureux malgré les drames et les deuils. Le montage est rapide, voire brutal, ce qui renforce l’intensité émotionnelle. Les acteurs sont excellents, spécialement Sara Forestier. On pense à Pialat et à Sandrine Bonnaire dans A nos amours. La réminiscence qui se crée en nous est sans doute voulue, le titre et le prénom Suzanne ne sont certainement pas là par hasard. The Lunchbox, bien aussi, plaisant, savoureux (quasiment au sens propre), à la fois gai et triste. Que la femme est belle ! Que les sentiments sont délicats. C’est un joli conte avec une happy end fortement suggérée. Mais ce n’est qu’un conte, tout est fait pour qu’on le ressente ainsi ce qui laisse au spectateur, ou du moins m’a laissé à moi, une impression dominante de douce mélancolie. J’ai été par contre très déçu par Mére et fils. C’est intéressant sur des rapports assez pathologiques à l’intérieur d’une famille comme aussi en tant que document sur la Roumanie contemporaine et ses fractures. Mais je me suis ennuyé face à ces accumulations de paroles et d’images au plus près des personnages, portées par une caméra ultra mobile qui épuise le regard, interdit toute mise à distance. C’est qu’on ne ressent aucune empathie envers les personnages, il n’y a donc aucune identification possible, on reste extérieur, c’est cela je pense qui fait la différence fondamentale avec les deux premiers films évoqués. (Je reconnais cependant que la dernière scène, la confrontation entre les deux familles, celle du responsable de l’accident et celle de la victime est très forte et parvient enfin à émouvoir, sans doute justement parce que les personnages laissent percer leurs faiblesses ce qui les humanisent).

Le paysage défile. Jolie lumière changeante. Passage dans des nappes de brouillard puis moments de soleil, parfois net, parfois voilé. Beaucoup d’eau dans les champs et les fossés. Le TGV n’est pas très plein. Je suis en première, j’ai de la place, personne en face de moi, je peux étendre les jambes, j’ai pu me mettre dans le sens de la marche, ce qui est plaisant pour laisser le regard errer au fil du paysage. J’aperçois dans le sas entre les deux voitures une jeune femme qui tente de bercer un bébé qu’elle tient dans une poche kangourou sur son ventre. Une jolie brunette aux cheveux bouclés, un visage un peu rond et très mobile, elle sourit beaucoup malgré l’enfant qui pleure, elle lui parle, je crois même que par moments elle lui chantonne quelque chose que je n’entends pas, dans ses girations, tantôt elle me fait face, tantôt elle me tourne le dos. Il y a quelque chose dans la façon dont elle se déplace, dans son visage, dans la courbe de sa nuque qui m’émeut très fort. Je passe de mon carnet, au paysage, à l’attirante jeune femme et puis, de temps à autre aussi, je reviens à mon livre, qui lui me fait voyager entre Afrique et Suède, L’œil du léopard, de Mankell qui est décidément un auteur excellent. J’aime ces temps de flottements ferroviaires ! 

Ecrit sur mon carnet dans le train hier, mis en forme et en ligne ce matin

jeudi 9 janvier 2014

Carnet d'adresses



Comme tous les ans j’ai profité de cette période des vœux pour adresser à quelques personnes chères de ma blogosphère, d’anciennes amies du net avec lesquelles des liens forts quoique espacés se maintiennent, des courriers qui sont une façon de donner quelques nouvelles un peu plus personnalisées que ce que je peux écrire sur mon blog. 

Mais, faisant cela, je me suis amusé aussi à faire le tour du carnet d’adresses de la messagerie liée à mon ancien blog. J’ai vu réapparaître des noms presque oubliés. Certains ne m’ont pas évoqués grand-chose. Peu en fait, car, derrière la plupart de ces noms, me sont revenus avec assez de force la mémoire de nombreux échanges épistolaires ainsi que de diverses rencontres IRL, comme on disait (In Real Life). Ils datent pour beaucoup de plusieurs années, en un temps où la vie blogosphérique, les publications, les commentaires déposés, les échanges privés, étaient bien plus nombreux, bien plus intenses. Pour moi le pic était dans les années 2007-2008 et je crois que ça a été le cas pour beaucoup. J’ai vraiment l’impression qu’il y a eu une sorte d’âge d’or des blogs personnels et intimes dans ces années-là avant que les modes de communication ne se diversifient avec l’émergence des réseaux. C’est peut-être une erreur de perspective lié à ma perception personnelle, mais en tout cas je suis sûr que c’est vrai pour le petit canton de la blogosphère que je fréquentais. 

Bref, à la suite de cette tournée, j’ai eu envie de faire un signe à tous ces blogueurs/blogueuses, mes contacts actuels comme certains très anciens avec lesquels je n’ai pas échangé parfois depuis plusieurs années.
Je leur ai adressé une photo prise au matin de Noël depuis ma fenêtre. C’était, après une violente averse matinale et tandis que le ciel se dégageait soudain, un superbe arc-en-ciel au-dessus de la place centrale de ma petite ville, couronnant la halle et son beffroi. Le soleil après la pluie, l’arc-en-ciel, symbole d’espérance, cela me paraissait une belle façon de faire coucou en ce temps des vœux pour l’année nouvelle. C’était une façon donc aussi de donner, et notamment à celles et ceux qui certainement ne me lisent plus, des nouvelles de l’ancien V., un vieux parisien s’il en était, en montrant son nouveau lieu de vie provincial. 

Bien sûr j’imagine que parmi toutes ces adresses mail, dont certaines datent de plusieurs années, liées à des pseudos ou à des blogs anciens, il y en aura qui n’existent plus et mon message se perdra. Certains de ces correspondant(e)s peut-être même ne sont plus sur cette terre ou alors ont si radicalement coupés avec leur temps de blogueur que c’en serait presque pareil, à l’égard d’un envoi leur venant de ce monde là. Il y a d’autres personnes auxquelles j’ai pensé en faisant cette plongée et dont je ne retrouve même pas trace, parce que nos correspondances dataient d’avant mon changement de machine, fait en catastrophe après un crash d’ordinateur qui m’a privé de pas mal de données que je n’avais pas pris soin de sauvegarder. Mais tout ça ne fait rien, ça m’a fait plaisir de lancer au loin cette brassée de photos. Des messages arriveront et d’autres pas. Un peu comme avec une bouteille jetée à la mer avec ce piquant que confère la part hasardeuse de l’entreprise. Certains, certaines, peut-être, m’en feront retour ce qui mettra un peu d’animation sur la vieille boîte mail de l’ami V., forcément très assoupie. Dans ce message vers les anciens, volontairement je n’ai pas évoqué l’existence de ce nouveau blog, car je n’aurais pas voulu que mon envoi apparaisse comme une forme de retape. Si certains ont envie de venir vers ces nouvelles pages ils en trouveront bien le chemin.

samedi 4 janvier 2014

Cinéma 2013



Comme tous les ans à cette période je fais mon petit bilan cinéma, pour moi-même surtout, notant pour mieux m’en souvenir, ceux qui m’ont le plus marqués, qui laissent une trace quelques mois après les avoir vus et puis aussi, pour donner l’envie à mes lecteurs de découvrir certains films qui peut-être seront passés un peu inaperçus.

Beaucoup moins de films vus au cinéma en 2013, conséquence bien sûr de mon installation dans ma petite ville de province. 45 seulement au compteur, contre 61 en 2012. On peut en voir la liste complète avec ma cotation sur ma page cinéma. Ces cotations évidemment sont tout ce qu’il y a d’approximatif, il est tellement difficile de comparer des objets aussi différents et puis l’ambiance personnelle du moment joue, l’état de plus ou moins grande réceptivité dans lequel on est en entrant dans la salle, les effets d’attente aussi liées aux critiques lues.
Je suis bon public et j’ai vraiment pris plaisir à tout ce que l’on verra coté à partir et au dessus de xx(-) soit 36 films sur 45. Pour ceux qui sont cotés entre x(-) et x(+) les réserves ou la déception l’emportent. 

Peu cependant m’ont véritablement enthousiasmés cette année. La Trilogie Bill Douglas est sans doute le film, enfin les films, qui m’ont les plus marqués et les seuls auxquels j’ai donné un xxx. On pourra trouver l’article que j’ai donné à l’APA à leur propos à partir de cette page. J’ai particulièrement apprécié aussi, dans des genres très différents, Django Unchained et La Grande Belleza, L’Attentat et Singué Sabor. Une mention spéciale aussi à Rebelle un film sur les enfants soldats en Afrique, très dur, mais très fort, pas besoin d’explications ou de commentaires, le film est vu à travers du regard de son personnage principal, une jeune fille qui dialogue avec les fantômes des défunts et parvient à survivre au milieu de ce maelstrom de violence. C’est un film passé assez inaperçu. Contrepartie à être ici : grâce au ciné-club j’ai vu certains films qu’à Paris j’aurais peut-être laissé passer, parce qu’ils auraient été noyés dans la déferlante des sorties hebdomadaires sous le flot de ceux dont on parle plus. Très fort aussi et très dur également, Rêves d’or, sur l’odyssée de gamins du Guatemala cherchant à rejoindre les USA mirifiques. Deux beaux films qui disent notre monde et ses terribles fractures, mais qui le disent au travers d’images fortes et magnifique, d’œuvres d’arts accomplies et non de discours convenus. Très attachant aussi et cette fois infiniment plus optimiste, Wadja, sur une jeune saoudienne qui veut, comme les garçons, pouvoir faire du vélo. Je me suis régalé aussi à d’autres films plus légers, bien conduits et superbement interprétés comme, par exemple, Blue Jasmine, un bon cru de Woody Allen (extraordinaire Kate Blanchett) ou Tirez la langue, Mademoiselle, (superbe Louise Bourgoin), ou encore Le temps de l’aventure (Emmanuelle Devos resplendissante dans la lumière d’un bel amour passant) mais il y en a d’autres dans ces veines plutôt plaisantes et qui font passer un très bon moment sans pour autant être dépourvus de fond.
J’ai aussi attribué un xxx au magnifique Gangs of New York de Scorsese que je ne connaissais pas mais qui n’est pas de sortie récente et n’a donc pas sa place dans ce palmarès. Ça aussi c’est un des bonheurs que m’a permis le ciné club local.
Quelques déceptions : La vie d’Adèle par exemple. Déception certes toute relative : j’ai bien aimé quand même et il y a certaines scènes d’une très grande force, notamment tout ce qui tourne autour de la rencontre et de l’entrée dans l’état amoureux mais c’est vraiment un peu long, comme souvent Kechiche, et il y a des lourdeurs, dans les scènes de sexe par exemple ou dans la façon de mettre en avant le contraste sociologique entre les amoureuses, famille « fruits de mer » versus famille « spaghettis bolognaises », ça manque un peu de subtilité (frappant de voir, par contraste, comment dans la BD cette opposition, présente également, se laisse juste deviner avec délicatesse). Bref ce n’est pas le chef d’œuvre absolu que l’on a dit. Plus fortement décevant Inside Lwenyn Davies, pas franchement mauvais mais enfin les Coen font du Coen sans inventivité particulière, ou, bien plus mauvais, carrément verbeux et ennuyeux, The Master.

En compensation de cette moindre fréquentation des salles obscures je me mets à regarder un peu plus la télévision. En particulier j’ai commencé à découvrir le monde des séries et il y en a de vraiment remarquables. Je me suis régalé avec Borgen dont j’ai pu voir aussi les précédentes saisons. Magnifique aussi, images somptueuses, inventivité cinématographique, art du raccourci et gouffres psychologiques, Top of the Lake de Jeanne Campion. Enfin j’attends avec impatience le retour de Real Humans et de ses hubots, une série qui, au delà et de son intensité dramatique et de l’efficacité de son récit qui sait nous tenir en haleine de jeudi en jeudi, pose des questions cruciales sur le devenir de l’humain en un temps où se profilent les symbioses homme/machines.

lundi 30 décembre 2013

Fin d'année



Voici les tous derniers jours de l’année. Il est temps de souhaiter le meilleur à toutes celles, tous ceux qui passent par ici, vieux complices de blogosphère, visiteurs anciens ou nouveaux ou passant(e)s de hasard. Et occasion aussi d’un petit billet sur ce blog trop délaissé… 

C’est la première fois que nous fêtons Noël ici depuis notre installation. Nous avons eu cette envie et avons renoncé à l’habituel réveillon familial chez la mère de D. en banlieue parisienne. D’autant que nos garçons avaient envie de venir passer quelques jours ici de même que mon père. On s’est donc retrouvé ici à six, nous deux, fils aîné et sa compagne, fils cadet, mon père, une tablée bien plus restreinte que la grosse vingtaine que nous sommes lorsque nous nous réunissons avec la famille de D. Je préfère quant à moi ces assemblées plus intimes où la parole circule mieux. Et pour mon père aussi c’est beaucoup mieux. Il est bien moins gêné par ses difficultés d’audition lorsqu’on est en petit comité que dans le brouhaha de trop grandes tablées. Il discute beaucoup avec ses petits-enfants, sur leur travail, sur leurs intérêts scientifiques et sur les avancées de la recherche, sujet qui le passionne, et c’est pour moi un grand plaisir d’assister à ces échanges générationnels, de me sentir l’entre-deux et le lien entre la génération qui me précède et celle qui me suit. 
 Deux soirs de suite aussi on s’est amusé à ressortir de vieux films super-huit. Cela faisait des années qu’on ne les avait pas visionnés. Le vieux projecteur fonctionnerait-il encore ? Les films se seraient-ils bien conservés ? Les collages faits au montage tiendraient-ils ? Le prétexte de départ était de montrer les garçons petits à l’amie de S., mais on a été bien au-delà, on a retrouvé quelques bobines très anciennes, lorsque j’étais moi-même enfant. On a fait quelques plongées début des années 60 au moment où mon père avait acquis sa première caméra double-huit et début des années 90. Vertiges à saisir les ressemblances, des expressions, des attitudes corporelles de mon père année 60 que je retrouve sur moi années 90, mes expressions d’enfant années 60 dans celle de S. années 90. Les visages aussi de ma mère, de mes grands parents. On avait eu bien sûr de temps en temps l’occasion de revoir des photos de ces époques là dans des albums mais il est sûr que les images animées portent d’autres choses, plus fortement évocatrices. Ces films ne sont pas archivés, il y a juste sur la bobine l’année et le lieu sans précision, on ne se souvient plus des contenus précis. Donc on a eu quelques surprises en les regardant. Il faudrait peut-être prendre le temps de revisualiser l’ensemble, de noter les contenus de façon plus détaillée, voire aussi envisager d’en numériser au moins quelques-uns.

Le temps a été parfois agité mais a ménagé aussi de beaux moments d’éclaircie qui ont permis quelques agréables promenades. Là encore c’était plaisir de pouvoir les faire à trois générations. Mon père vieillit. Il devient plus lent en tout et notamment pour marcher. Mais tout de même, il marche et il grimpe, disons que nous mettons trois heurs à faire des promenades que nous aurions faites en deux il y a peu d’années. Mais il faut en profiter, prendre conscience du précieux de ces moments, les accumuler en soi en tâchant de ne pas les colorer de trop de nostalgie du temps qui passe, du temps qui est passé. Impossible cependant, faisant avec lui le tour du lac, de ne pas m’y revoir avec mon grand père, à peu près au même âge, mais c’était les derniers mois où il était encore vaillant, j’ai l’impression que c’était hier et c’était il y a vingt-cinq ans. 
Hier nos garçons sont repartis. Nous les avons conduits à Toulouse. Avant qu’ils ne reprennent leur train nous avons eu le temps de faire un joli tour du centre qu’ils ne connaissaient pas, tour classique depuis la gare où nous nous étions garé jusqu’aux berges de la Garonne avec les arrêts emblématiques à Saint-Sernin et aux Jacobins. Là encore belles lumières, entre averses et éclaircies, ciel mouvant, ciel bleu, ciel noir, beau soleil du soir, dorant les pierres roses des façades et faisant étinceler, depuis le milieu du Pont Neuf, une Garonne haute et tumultueuse.

Cet après-midi nous ferons un petit saut à la Mairie pour nous inscrire sur les listes électorales. Cela me fait drôle, moi qui suis resté un vieil électeur fidèle au 13° arrondissement, même pendant les quelques périodes où je n’y ai pas habité. On a hésité dans la mesure où on garde un pied à Paris mais il n’y a pas de doute qu’on sera désormais bien plus souvent ici et que donc cela fait sens d’accomplir ce basculement.

A l’année prochaine, en commençant par mon rituel bilan cinéma, qui ne saurait tarder. Belle année à toutes et tous !

samedi 7 décembre 2013

Paris, d'H-J.D. à Salgado



Je ne voudrais pas encore une fois faire ma litanie sur le temps qui passe si vite, sur toutes ces choses que je voudrais évoquer dans mon blog et que je ne fais pas et pourtant…

Paris depuis plus d’une semaine déjà ! Paris tourbillon comme toujours, amis, familles, choses diverses à régler tant à l’égard des anciens, la mère de D., mon père, qu’avec nos deux fils auxquels nous cherchons à donner des coups de main pour leur installation dans une phase nouvelle de leur vie. Les allées et retours en métro, ces odeurs et cette promiscuité qui maintenant me pèsent comme ces pauvres gens qui font la manche, pas un trajet sans un voire deux quémandeurs, auxquels je donne la pièce ou pas, selon l’impulsion du moment mais dont la présence, de toute façon, me met mal à l’aise. Activités pour l’APA, mardi toute la journée un stage pour apprendre à quelques uns de nos adhérents à utiliser Publisher afin d’élargir le cercle de ceux qui peuvent contribuer à la réalisation de nos productions, et surtout, samedi dernier, cette journée de présentation du diariste Henri-Jacques Dupuy qui m’avait donné beaucoup de travail de préparation. Mais franchement je crois que ça a été réussi. Nous étions dans une petite salle où nous allions pour la première fois, qui sert pour des ateliers théâtre ou d’écriture, une salle chaleureuse avec des livres, des tentures, une estrade, une salle bien pleine, un peu bondée même (pour un même effectif c’est toujours mieux de se sentir serrés dans une petite salle que de se retrouver dispersés dans un vaste amphi), un public attentif et même plutôt réactif. J’ai eu l’impression que tant les présentations de ma « collègue » que les lectures d’extraits de textes que j’ai faites moi passaient bien. C’est un peu banal à dire mais j’avais vraiment l’impression qu’en lisant j’incarnais l’auteur au sens propre, que je le faisais un petit peu revivre, j’avais l’impression que Sylvette, sa fille qui a collationné le journal et l’a déposé à l’APA, le ressentais aussi ainsi et ça m’a fait un grand plaisir, comme d’entendre le fils de Sylvette dire que de m’avoir écouté, lui avait pour la première fois donné envie d’aller lire ce journal de son grand père. Je sais que je lis assez bien. J’ai toujours un grand plaisir à cette activité, il y a vraiment une jouissance à faire passer les mots imprimés, comme assoupis, endormis dans leur gangue de papier, à la vie que leur confère la voix et le souffle. Et j’ai plaisir aussi bien sûr au retour positif que les auditeurs me font. (découverte assez récente de ce plaisir, pas plus d’une dizaine années, c’était en prenant conscience en atelier d’écriture qu’après le plaisir d’avoir écrit il y avait l’encore plus grand plaisir de faire entendre au groupe ce qu’on avait écrit, souvenir de premiers ateliers d’écriture à l’APA puis ensuite d’un certain à l’abbaye d’Hurtebise au cours de week-end d’écriture animés par Coumarine). Bref plaisir toujours à faire des lectures mais là, il y avait peut-être un petit quelque chose en plus, le sentiment de contribuer à une transmission.

Avec tout ça je n’ai pas eu tellement de temps pour profiter de Paris. Un seul film jusqu’à présent (Inside Llewin Davis des frères Coen, pas mauvais mais sans plus, les Coen font du Coen) et une seule expo mais quelle expo ! Genesis du photographe Sébastiao Salgado à la Maison Européenne de la Photographie. Une merveille. Dès photos ramenées de huit années de voyage dans diverses contrées encore à l’écart de la civilisation moderne qui évoquent la terre originelle, montrent sa fragilité et sa stupéfiante beauté. Il y a des paysages absolument superbes mais pas seulement, il y aussi la faune, la flore et des hommes, ces derniers peuples qui occupent ces lieux. Salgado, plus que quiconque sait tirer des effets merveilleux de l’usage exclusif du noir et blanc. Magnifique lumière sous des ciels souvent tourmentés, ampleur et profondeur des paysages avec une intense présence des figures mises en avant, netteté des détails et des portraits sur les fonds plus évanescents. L’exposition est très importante, plus de deux cent cinquante photos, occupant les trois étages de la MEP. Les tirages, évidemment de magnifique qualité, sont en grand format. L’ensemble est très fort par ce qu’il dit et montre de notre terre mais beaucoup de ces photographies vous scotchent aussi par leur puissance esthétique individuelle. J’ai feuilleté les livres en sortant, me disant même que ce pourrait être une bonne idée cadeau pour mon père pour Noël. Mais évidemment la taille et la qualité des tirages n’ont rien à voir et l’on préfère rester sur l’impression forte que l’on vient d’avoir. Tant mieux d’une certaine façon. Cela justifie d’aller aux œuvres même, ça rappelle que c’est dans le moment seul de la visite que l’on est véritablement en présence et que c’est de cela qu’il faudra garder souvenir.
L’œuvre de Salgado est d’abord esthétique mais elle aussi un témoignage, attirant notre attention sur la nécessité de préserver la terre. Salgado joint d’ailleurs l’action à l’image. Il a créé une fondation l’Instituto Terra qui a fait revivre la forêt sur le site de la ferme familiale où il a vécu dans son enfance. Les images de la régénérescence de l’endroit sont impressionnantes et plus qu’encourageantes. Tout ça malheureusement pèse peu par rapport à la crise écologique généralisée que nous vivons. La seule autre exposition à la MEP en même temps que Salgado montre quelques images d’Alain Buu autour de la crise de l’eau en Inde, il y a des images hallucinantes sur la pollution du Gange ou sur la ville de Mumbaï, ça vous ramène à d’autres réalités qui hélas pèsent bien plus que les terres préservées qu’évoquent les images paradisiaques de Salgado.
Bien sûr j’ai lu l’article du Monde aussi sur le sponsoring douteux qu’apporte le groupe minier Vale aux entreprises de Salgado. Typique greenwashing. Ça attriste un peu mais bon, mieux vaut un peu de greenwashing que rien du tout et surtout ça ne remet en cause ni la portée du travail de Salgado ni, surtout, la somptuosité de ses images et le bonheur que l’on prend à les voir.
Cet après-midi Heimat sans doute, je vais essayer de voir les deux épisodes à la suite, demain encore un petit repas familial, lundi retour vers notre paisible province…