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jeudi 22 mai 2014

Après la tempête



L’Autan a soufflé de façon continue pendant trois jours, avec des pointes à 100, 110 km à l’heure. On ne bouge pas tellement pendant ces périodes, on ne sort que pour ce qui est indispensable. Nous avons deux côtés à la maison. La façade qui donne sur la place est moins exposée, c’est là que nous avons le séjour ainsi que bureau et bibliothèque et c’est là qu’on se tient de préférence par ces temps venteux. Par contre la façade côté jardin reçoit l’Autan de plein fouet. C’est là que sont les chambres, alors pendant la nuit, c’est un peu comme si on était sur un bateau en pleine tempête. Même volet fermé le vent se glisse sous nos vieilles fenêtres pas très étanches et ça craque de partout. C’est plaisant un moment mais quand ça dure ça finit par taper sérieusement sur les nerfs et ça ferait même un peu peur lorsqu’on voit les grandes branches du cèdre qui domine la maison ployer sous les rafales. Le crochet d’un volet hier soir a même été descellé et, du coup, avec les chocs violents du volet battant avant qu’on ne vienne le refixer, un carreau a volé en éclat.
J’ai profité de ces temps où je suis resté calfeutré pour me consacrer, maintenant que sont terminés aussi bien mes articles pour la prochaine Faute à Rousseau que la mise en page du numéro, à diverses écritures plus personnelles. J’ai pas mal avancé le travail de retranscription et de commentaire de mon journal d’adolescent. Je suis partagé sur l’intérêt de faire ça mais bon, cahin-caha, j’avance. Et surtout j’ai enfin ressorti une nouvelle, commencée il y a plus d’un an et abandonnée au milieu du gué. Là je l’ai terminée et je suis content. Je l’ai intégrée dans un petit recueil avec quelques unes de ses semblables. Je n’en fais rien mais ça ne m’embête pas plus que ça. Elle vaut surtout par le plaisir que j’ai eu à l’écrire. Une fois de plus je me suis confirmé que j’aimais bien  m’aventurer sur le terrain de la fiction. Dans un article de revue ou même dans un billet ici, je sais où je vais, il n’y a nulle surprise à attendre. Tandis que lorsqu’on est dans du fictionnel, même si on a une idée, un schéma de départ, on se laisse entraîner, on se laisse porter par les mots eux-mêmes qui enclenchent le processus de l’imagination et qui nous conduisent parfois ailleurs que là où l’on pensait aller. Et rien de plus plaisant, de plus jouissif même, que de se retrouver soi-même surpris par ce qu’on a écrit.

Ce matin le vent était presque complètement tombé. Grand beau ciel clair. Bonheur d’ouvrir en grand volets et fenêtres et de laisser la lumière envahir la maison. Petit tour au jardin pour ramasser les branches brisées, couper les roses qui ont perdu la plupart de leurs pétales et les tiges qui ont été cassées, certaines riches de boutons qui n’écloront pas, redresser des plantes malmenées. La glycine a bien souffert et perdu une grande partie de ses feuilles (mais cette année du moins, mieux accrochée au mur, elle a tenu, contrairement à ce qui s’était passé lors d’un précédent épisode où il avait fallu la tailler ensuite de façon assez radicale). Nous arrosons aussi. Ce vent est terriblement asséchant et il tend à retenir les nuages. La pluie était annoncée ce matin mais manifestement elle ne viendra pas si vite. Sortir dans ce jardin, ouvrir portes et fenêtres c’était comme une renaissance. Et plaisir ensuite le midi de remettre la table dehors et de déjeuner sur la terrasse, mi ombre mi soleil.
Sur le rebord d’une fenêtre côté place j’ai trouvé tout à l’heure un oiseau, c’est une jeune colombe, je crois, dont le nid est dans un des réverbères de la place. Elle parait vive, elle se déplace d’un point à l’autre du rebord de fenêtre mais elle ne s’envole pas même si je m’approche et tape au carreau. Je crains qu’elle n’ait une aile cassée, peut-être a-t-elle été malmenée pendant la tempête. Je ne sais ce qu’il faudrait faire pour lui porter secours. Je pourrai la porter dans le jardin où elle trouverait sans doute à picorer mais j’imagine que si elle ne parvient pas à voler, elle va se faire dévorer par des chats. Finalement je lui ai porté une soucoupe avec de l’eau et de la mie de pain. A ma surprise et à ma joie, lorsque j’ai ouvert la fenêtre elle s’est ébrouée et est parvenue à s’envoler pour rejoindre à deux mètres l’arbre le plus proche. Ainsi donc elle n’était pas blessée, simplement elle commençait sa vie dans les airs et peut-être était-ce son tout premier vol hors du nid natal qui l’avait conduit sur le rebord de notre fenêtre. C’est fou ce qu’il m’a fait plaisir cet envol, c’était force de la vie, résilience de la nature, alors que j’avais l’esprit encore tout encombré des dégâts causés par la tempête.

jeudi 1 mai 2014

Ecritures



Décidément je ne viens plus guère écrire ici. C’est que mes écritures se dispersent sur d’autres lieux, celui-ci étant devenu, presque, la dernière roue du carrosse.

Lorsque j’ai abandonné mon précédent blog qui déjà végétait, pour démarrer celui-ci, j’avais l’idée, pour effectuer cette relance, de regrouper à peu près tout ce que je comptais produire en un même lieu, sous une même bannière : mémentos et brèves notes juste pour se souvenir ; écritures sur le motif pour évoquer l’ambiance d’un lieu ou d’un moment ; ressentis ou réflexions plus intimes ; petites fictions qu’il m’arrive de commettre ; notes « culturelles » développées à propos de livres ou de films, aussi bien celles écrites directement ici que celles que je donne à l’extérieur pour le site de l’APA ou la revue La Faute à Rousseau.
Il me semblait pouvoir en partageant à partir d’un lieu unifié plusieurs facettes de mon expression, donner une forme plus substantielle et diversifiée à cette identité numérique qui se dessine au travers de mon blog, bref à la rapprocher de ma personne dans sa globalité et son unité.
Mais en réalité ça ne s’est pas passé comme ça. Je ne suis pas parvenu à mettre à jour régulièrement les pages annexes, censées servir de mémentos. Mes articles extérieurs ne m’ont pas parus très adaptés pour une publication ici. Ce blog qui n’est plus anonyme ne pouvait guère non plus accueillir des réflexions très impliquantes sur le plan intime ou relationnel. Celles-ci, qui s’étaient déjà fortement réduites sur l’ancien blog au fur et à mesure que mon anonymat se délitait, ont totalement disparu de celui-ci. Ça, bien sûr, c’est dommage. Car force est de constater que c’était tout de même l’implication intime qui avait généré le plus de dialogue et de vie sur le blog et donc de motivation à y écrire. Autre temps des blogs ? Autre temps pour moi ? Un peu des deux sûrement.
Bref je ne suis pas parvenu à cette unification et désormais je ne la souhaite plus. Les couches de lectorat potentiels sont si différentes et, de même, les formes, approches, tonalités d’écriture, qu’il parait difficile de tout regrouper. En unifiant le lieu de l’expression on a tendance à ramener celle-ci au plus petit dénominateur commun, à gommer, à raboter ce qu’on se permettrait en d’autres lieux. Et donc j’effectue le mouvement inverse. Je tends à déconstruire, à séparer : il y a ce que je publie dans les divers lieux et divers cercles où je les publie, ce que peux éventuellement partager de façon privée, ce que je garde pour moi seul.

La constellation de mes écritures actuellement se présente à peu près comme ceci :
J’ai démarré depuis le début de l’année un journal quotidien, ce que je n’avais jamais fait jusque là. Il s’agit de brèves notes telles qu’on pourrait les trouver dans un agenda. Deux, trois lignes par jour mais pas un jour sans ses lignes. Le livre lu, la promenade effectuée, le film ou l’émission de télévision vue. Quelques mots, quelques annotations en style télégraphique, des appréciations lapidaires, rien de construit ou de travaillé, éventuellement une notation d’humeur ou de couleur dominante de la journée. Ça doit aller très vite. Ça va très vite. C’est la fonction memento pour soi-même du journal, sans autre prétention. Peut-être est-ce un peu névrotique cette façon de vouloir tout consigner ou retenir. Mais bon, comme c’est vite et facilement fait, je ne m’en prive pas. C’est devenu une sorte de rituel, soit le soir avant le coucher, soit en ouvrant l’ordinateur le matin. Ça n’a peut-être pas beaucoup d’intérêt. Utiliserais-je ce mémento ?  Je le survolerai peut-être de temps en temps pour y chercher une référence mais sans plus. En tout cas, à ma surprise, je m’y tiens. Mais un tel mémento ne présente aucun intérêt pour un lecteur extérieur et donc il n’a pas sa place en ligne.
J’écris plusieurs articles pour chaque numéro de La Faute à Rousseau plus quelques notes de lecture pour le site de l’association. Ainsi dans le prochain numéro sur le thème Ego numericus je signe pas moins de cinq articles, certains un peu complexes à rédiger et qui m’ont donné pas mal de fil à retordre. A cela s’ajoutent les activités non strictement d’écriture autour de la revue, les temps de coordination avec l’équipe et la réalisation de la maquette (dont je me charge avec l’amie Elizabeth).
J’ai ouvert aussi un nouveau chantier d’écriture en lien avec mes activités dans le groupe APA de Toulouse. Nous avons décidé en début d’année de travailler chacun sur un projet de création personnelle, de tenir journal des avancées, difficultés, détours de nos projets et de confronter dans le groupe ces journaux de création. Je me suis lancé dans la retranscription et le commentaire, avec mes yeux d’aujourd'hui, de mes journaux d’adolescence et de jeune adulte. C’était une vieille envie, mais ambivalente (envie d’aller y voir ; mais gêne face à l’aspect narcissique et tourné vers le passé de la démarche), l’articuler à des échanges et à une réflexion collective m’a paru une bonne façon de m’y engager. J’ai commencé, j’avance, pour l’instant ça m’amuse de me replonger dans ces vieilleries, les commentaires à partir de la relecture du texte ancien bourgeonnent tandis que le journal de l’avancée du projet s’étend lui aussi.
Et j’ai aussi quelques pages en chantier d’un projet fictionnel d’une certaine ampleur mais je ne sais pas s’il finira par voir le jour. Honnêtement je dois dire que je n’y ai pas travaillé depuis un bon moment mais c’est là, présent, comme une invite, et j’aimerais m’y remettre. Si le blog est la quatrième roue du carrosse, ça, ça doit être la cinquième !

Bref, ça fait pas mal de choses. Et comme la vie heureusement, ce n’est pas que l’écriture, que celle-ci ne doit pas réduire par trop le temps consacré au reste, se crée alors forcément un phénomène de vases communicants, écrire plus ici, c’est écrire moins là et le blog en l’occurrence se trouve très délaissé.
Je ne le ferme pas. Je ne dis même pas « blog en pause ». Car je sais qu’à l’occasion je peux avoir envie de venir y déposer un texte : une note sur un livre ou un film, une « chose vue » qui m’interpelle, une évocation d’un ressenti ou d’une promenade. Sans obligation et sans régularité. Quand l’envie m’en viendra. Alors je n’y manquerai pas et j’aurai plaisir à donner ces mots en partage. Car je sais que certain(e)s aiment me lire. Certain(e)s même me le disent, ici ou ailleurs. Je les en remercie. Qu’ils sachent bien que leurs appréciations bienveillantes sont précieuses et m’encouragent à ne pas laisser ce blog tout à fait à l’abandon. Mais, ce sera quand ce sera, peut être demain, peut être dans un mois, je ne m’obligerai pas.

mardi 8 avril 2014

Printemps (bis)



Il y a eu ces derniers jours une brusque accélération du passage en printemps. Après une semaine de vent d’Autan violent et deux jours de pluie, la température est soudain montée à un niveau très agréable, ni trop chaud, ni trop froid.
Samedi on a sorti la table et on a pu prendre nos premiers repas en terrasse à midi comme le soir, sous la glycine en pleine floraison. Il fait plus doux dehors qu’à l’intérieur de la maison. Ces vieilles bâtisses aux murs épais se réchauffent lentement. Mais, ce qui est éventuellement un inconvénient aujourd'hui, devient un avantage appréciable quand viennent les grosses chaleurs. Dans le jardin les iris sont ouverts depuis quelques jours déjà et une première rose solitaire s’est épanouie sur la tonnelle. J’ai tondu la pelouse, odeur délicieuse de l’herbe coupée, petit pincement à zigouiller du même coup pâquerettes et violettes, mais quelle vitalité, dès le lendemain, de nouvelles fleurettes avaient surgies. Sur les arbres et arbustes, les pousses nouvelles, d’un vert si tendre, se déploient de jour en jour. Dans la bande de merles qui fréquentent le jardin, il en est un qui est particulièrement peu farouche. Il picore à deux mètres de nous et nous surveille du coin de l’œil. On l’a vu faire longuement son affaire à un ver de terre, il te le picorait, te le secouait, s’éloignait puis revenait, un peu comme un chat jouant avec une souris ou, tiens, justement, un oiseau… 

Hier en début d’après-midi je suis parti pour une grande promenade à vélo. Le lundi se sont balades solidaires car D. va à son atelier de poterie. J’aime les promenades partagées mais beaucoup aussi les promenades en solitaire où on est totalement avec soi-même, totalement libre de sa direction, de son rythme, de ses rêveries. Bords plaisants et ombragés de la Rigole qui depuis trois siècle conduit les eaux de la Montagne Noire au Canal du Midi en serpentant dans la plaine. Aujourd'hui les chants d’oiseaux sont particulièrement nombreux ou est-ce seulement, qu’étant seul, je les entends mieux ? Je m’attache à essayer de distinguer les voix qui s’entrecroisent mais je n’y connais pas grand-chose et ne sais reconnaître qui est qui. Bref arrêt pour observer le manège d’un ragondin. Puis je quitte la Rigole, file vers la ligne des collines et poursuis mon chemin à leur pied. J’aime vraiment le paysage d’ici avec ses douces ondulations, ses haies nombreuses, ses anciennes maisons de maîtres entourées de beaux bouquets d’arbres, sa campagne toujours vivante, avec des champs cultivés, des animaux dans les prairies. Il y a beaucoup de régions de France, où traversant la campagne, on est frappé et attristé par les friches et le nombre de maisons à l’abandon. Ce n’est pas le cas ici et c’est heureux. Je sens sur moi la chaleur du soleil et j’en viens même, préfiguration de l’été, à coiffer ma tête d’un couvre-chef d’aspect sans doute assez ridicule, avec sa jugulaire qui le retient serré pour l’empêcher de tomber sous l’effet d’un coup de vent ou des descentes. Je file entre les blés - maintenant un tapis profond de jeunes pousses au vert intense, lustré, alors qu'il y a quelques jours ce n'était qu'un ras gazon - et les rectangles des colzas, dont le jaune éclatant fait contraste et dont l'odeur entêtante, à certains endroits, fait un peu tourner la tête. Au loin, les Pyrénées, encore bien enneigées mais pas très nettes, le ciel est un peu brouillé. Je n’ai pas d’appareil photo mais j’emmagasine les images dans ma tête et me viennent déjà des mots et l’envie de les poser…
Ça fera toujours un petit billet d’ambiance pour blog somnolent…
 

vendredi 28 mars 2014

Ego numericus et quelques plaisirs parisiens



Me voici revenu dans mes pénates provinciales après une dizaine de jours parisiens très occupés et un peu tourbillonnants. Pas mal d’occupations familiales, certaines fort agréables, d’autres nettement moins. Un peu de cinéma, deux films, deux bonnes pioches dans des genres on ne peut plus différents ! The Grand Budapest Hotel, délicieux, plein d’humour acidulé et de réminiscences de nos Tintin d’adolescence, avec cependant un arrière-fond grave sur cette fin d’un monde qu’a été l’entre deux guerres. J’y ai pris un vrai plaisir comme pour chaque opus de Wes Anderson que j’ai vu ; Only lovers left alive de Jim Jarmush, somptueuse mise en scène et en image d’un opéra baroque et nocturne, entre Detroit et Tanger, avec des vampires portés par leur amour indestructible mais fatigués aussi de leurs vies qui s’éternisent, tout ça assez lyrique mais aussi, fort heureusement, mâtiné d’humour, un film j’imagine qui a dû réjouir aussi notre vampire blogueuse.
Quelques expositions aussi : Cartier-Bresson : pas mal, c’est intéressant de voir l’œuvre et ses diverses facettes dans son déroulé chronologique, faisant découvrir certains aspects moins connus que d’autres. Mais cependant on a déjà vu l’essentiel ici ou là, à de multiples occasions. Plus médiatisé et reproduit que Cartier-Bresson il n’y a pas ! Donc ce n’est pas le même choc qu’en découvrant par exemple il y a peu le formidable travail de Salgado, une œuvre que je trouve bien plus puissante. Cela dit c’était aussi le plaisir d’un pot sur la terrasse supérieure du centre Pompidou, soleil mais fraîcheur, ciel mouvant et venteux, belle lumière sur les toits de Paris…
Au Musée d’Orsay, très belle expo Van Gogh-Artaud, beaux échanges entre toiles et textes hallucinés. Mais surtout plaisir de découvrir pas mal de tableaux de Van Gogh que je n’avais jamais vu même en reproduction, certains très beaux, quelle puissance de lumière et de mouvement. On a fait un tour ensuite dans l’exposition Gustave Doré. Bon, il a d’excellentes qualités d’illustrateur mais tout ça paraît, en comparaison, bien plat, bien terne, très daté, même les compositions les plus échevelées. Les grandes toiles en particulier ne passent plus du tout. Évidemment comparer n’a aucun sens mais, à voir les deux expos l’une derrière l’autre, on s’y trouve immanquablement conduit.

Cela dit mon séjour parisien était également largement consacré à l’APA avec moult activités internes puis aussi une table-ronde publique dont j’ai assuré la présentation et qui portait sur un thème qui ne peut que chatouiller notre intérêt, à nous blogueurs, celui d’Ego numericus.
Je ne vais pas faire un compte-rendu de contenu, il y a aura un sur le site de l’APA d’ici ce week-end, rédigée par l’amie Elizabeth, blogueuse de longue date elle aussi.
J’ai juste envie de donner quelques impressions rapides. Je suis peut-être un peu mal placé car juge et partie mais j’ai personnellement trouvé l’ensemble très intéressant avec des interventions qui se complétaient bien. Les auditeurs m’ont paru dans l’ensemble attentifs et intéressés bien que pour beaucoup d’entre eux très éloignés des pratiques numériques, voire assez effrayés par elles. Il y a bien eu quelques dodelinements de tête, surtout dans la première partie, mais enfin, pas trop. J’ai regretté qu’on ne soit pas très nombreux, entre 70 et 80 et surtout avec peu de personnes issues de nos blogosphères, ça c’est un peu dommage, ça avait été différent, aussi bien en 2007 lorsqu’on avait pour la première fois évoqué la question « Internet et moi » (avec Pierre, entre autres, déjà) qu’en 2009 lorsqu’on avait disserté sur intime/privé/public et qu’un certain Valclair avait fait son coming out de blogueur. Signe là encore qu’il y a une certaine démobilisation de la blogosphère, enfin, du moins, de notre blogosphère.
La première partie était centrée sur des témoignages sur ce que l’émergence et l’accélération des pratiques numériques avait transformé dans l’expression et dans le rapport à eux-mêmes et aux autres de deux blogueurs, l’un l’ami Pierre, à partir d’une pratique de diariste, l’autre Christophe Grossi, à partir d’une pratique professionnelle de libraire, d’éditeur et d’écrivain. Les interventions de ce premier temps, ont été un peu longues, surtout celle de Pierre. Mais cette longueur même était le signe de la complexité des ressentis, de la difficulté à la dire, les hésitations ou les redites portaient un sens en elles-mêmes, me semblaient signe d’authenticité. Il n’empêche, c’est dommage, surtout dans la mesure où cela a limité le temps laissé à la discussion générale à la fin de la table-ronde. La seconde partie prenait du recul par rapport aux expériences personnelles. Dominique Cardon s’est brillamment penché en sociologue sur la construction des identités numériques en fonction de ses divers publics tandis que Christine Genin nous a parlé, à partir notamment de l’expérience d’archivage du web à la BnF, de la mémoire d’ego numericus avant de donner, en s’appuyant sur quelques ouvrages de science fiction et de philosophie, un aperçu de perspectives vertigineuses, tout autant exaltantes qu’effrayantes, que la révolution numérique offre à l’humanité.
Bref tout ceci était d’un contenu très riche. On pourra le retrouver, avec bien d’autres approches et réflexions dans le dossier que La Faute à Rousseau à paraître en juin consacrera à Ego numericus. Notre petite pierre dans une réflexion qui ne fait que commencer.

Tiens, mon traitement de texte soulignait énergiquement le « provinciales » de la première ligne de ce texte. Renseignement pris dans les meilleurs dictionnaires, je constate que pénates est en effet masculin. Je maintiens l'erreur comme trace de mon ignorance passée, je dois faire la faute depuis que je connais l’expression mais je viens donc d’apprendre quelquechose. Merci numericus !

Edit complément du 05/04 : Le compte rendu  de la table ronde par Elizabeth est maintenant en ligne sur le site de l'APA ici

vendredi 14 mars 2014

Printemps



Depuis plus d’une semaine maintenant il fait ici un temps extraordinairement beau et agréable.
Il n’y a pas eu d’hiver. Il nous a manqué d’ailleurs. Pas un seul moment de vrai froid, pas de neige même sur les hauteurs de la modeste montagne qui domine la région. Une sorte de faux hiver mou, pluvieux et gris qui s’est éternisé.
Mais le soleil est revenu et les signes du printemps se multiplient.
Les violettes dans la pelouse, un éclatant bouquet de giroflées, les feuilles tendres qui se déplient sur les rosiers, les bourgeons, dont on surveille de jour en jour l’évolution sur nos plantations de l’an dernier, le kiwi, le cerisier, les pieds de vigne…
Le matin, ce bonheur d’ouvrir les volets de la chambre, orienté plein est et donnant sur le jardin, laisser l’air frais du matin et les chants d’oiseaux envahir la pièce puis le soleil y déverses ses rayons…
Les promenades chaque jour, à pied ou à vélo, au milieu de ces verts frais et neufs, dans ces beaux paysages de collines douces ou sur les pentes couvertes de forêt, sur les plateaux avec son grand ciel ouvert et les Pyrénées au loin…
Les vêtements dont on s’allège lorsqu’on est au soleil et à l’abri du vent, la chemise ouverte, la caresse de l’air et du soleil sur la peau…
Au lac, hier, se déchausser, marcher pieds nus, entrer dans l’eau, barboter un moment, sentir la morsure de l’eau froide autour des chevilles et s’en sentir revigoré…
C’est un peu banal tout ce que je dis là. Et sans doute répétitif. J’ai dû dire cela ou l’équivalent plus d’une fois, sur ce blog ci ou sur le précédent. Les sujets reviennent comme les saisons. Signe encore de l’essoufflement de ce blog. Je ne parviens pas à me mobiliser pour commenter mes lectures ou approfondir les sentiments ou les réflexions qui me traversent.

Demain on repart à Paris pour une dizaine de jours. J’y pars un peu à reculons. J’ai du mal à m’arracher ou du moins à m’arracher pour aller à Paris, j’irais bien à la mer ou à la montagne ou partirais bien ailleurs pour quelque voyage lointain, mais je n’ai pas bien envie de Paris, de ses foules, de son métro, de ses odeurs et, spécialement ces temps-ci à ce que j’entends, de sa pollution.
Cela dit j’y vais aussi pour de bonnes causes et, entre autre chose, pour participer à la table ronde qu’organise l’APA sur Ego numericus et qui devrait être fort intéressante. J’aurai le plaisir d’y voir entre autre l’ami Pierre qui y intervient. Lectrices, lecteurs, blogamis d’hier ou d’aujourd'hui, si vous êtes dans les parages, n’hésitez pas, c’est à l’ENS rue d’Ulm, samedi 22 à 14h30, on sera content de vous y voir.